Raïhanyat
Le Site De L’Ecrivain Marocain
Mohamed Saïd Raïhani

NOUVELLES
SAISON DE
VERS TOUS LES LIEUX
Nouvelles Ecrites En
Arabe Par Mohamed Saïd Raïhani, 2003
Traduites En Français
Par Mohamed El Kobbi, 2009
CONCERT
La police encercle les lieux pour mieux préserver l’ordre public.
La porte du palais du grand festival a été fermée. Une petite brèche en
guise de porte de secours a été ouverte dans le mur devant laquelle se tient
debout un vigile qui prend le ticket de chaque festivalier, le déchire en deux,
rend la moitié au visiteur et garde pour lui l’autre avant de le soumettre à la
fouille corporelle en se servant de ses mains. Quand la fouille ne détecte
aucun bout de métal sur la personne fouillée, il la pousse à l’intérieur de la
petite porte et retourne s’occuper du visiteur suivant en longue file d’attente
se tenant debout à gauche du policier, attendant avec une grande patience le
début du concert qui démarrera dans quelques heures.
A l’intérieur du palais, les vendeurs ambulants semblent plus nombreux
que le public. La plupart sont des bambins qui cherchent à écouler leurs
marchandises en tout genre: Du thé, du café, de la limonade, des sandwichs à
base d’œufs durs et de frites à des prix exorbitants comparé au prix du marché
dehors. Malgré ce bémol, tout le monde paraît apprécier l’ambiance. Les appels
et les cris volent dans tous les sens. Tout le monde échange de l’argent, de la
bouffe, de la boisson et des remerciements…
Un premier air de musique brusque et fracassant est venu tout droit des
amplis récemment installés sur chaque côté de la scène où les techniciens sont
affairés au réglage des instruments musicaux, l’arrangement de tout le réseau
des fils électriques et les différents accessoires du son et de la lumière.
Un des visiteurs empressé essaya vainement d’entraîner son compagnon
sur la piste de danse.
- Pas pour le moment, ami. La soirée n’a pas encore commencé. Cet air
que tu entends n’est là que pour emplir le vide et vérifier simultanément la
bonne mise en place de la scène et aussi pour que le public ne s’ennuie pas en
attendant le remplissage des tribunes et
l’arrivée des groupes concernés.
L’homme empressé retourna s’asseoir restant sur sa faim, et
toujours gagné par la nervosité, il
continua à s’agiter et à taper des pieds tout en écoutant en même temps les
chansons assourdissantes qui se confondent avec le vacarme général: Le boucan
provoqué par des enfants qui s’amusent et courent dans les travées, les cris
des vendeurs qui escaladent les tribunes chargés de leur sceaux pleins de
limonade tiède et leurs paniers pleins
de sandwichs froids, et aussi
l’obligation à chaque fois de sauter entres les jambes des visiteurs
patients et imperturbables, eux qui ont
dû débourser toute leur fortune pour obtenir un ticket d’entrée.
Sur la scène, un des techniciens arracha le microphone pour le
tester :
-« Allo!…
Allo!... Test!… Test!…Un!... Un!...”
A l’écoute de ses interjections, un homme du public assis pensa aux
discours des politiciens, des hommes d’Etat et de tous les politicards et il
essaya de les imiter :
-«O peuple audacieux ! Oh peuple
audacieux! Un!... Un!... Test !... Test!... Peuple
audacieux !... ».
Quelques ivrognes, bien distraits, s’esclaffèrent de rire en tombant à
la renverse. Ceux qui étaient abstinents et bien sobres enfouillèrent leurs
visages entre leurs mains pour se parer de toute violence éventuelle, puis
menacèrent à voix basse:
-«Malheur à celui qui voudrait nous
gâcher le spectacle! On a bien l’impression que ça va se produire!…»
Quelques uns se sont éloignés
dans le but de dégoter une meilleure place alors que les premiers
soubresauts de certains se manifestèrent au retentissement de la première
chanson du groupe qui vient juste d’apparaître sur la scène.
Dans les tribunes, les vagues de mouvement progressèrent pour répondre
à la musique. La piste est chauffée à blanc par des danseurs déchaînés. Les
combles et les travées sont bondés de danseuses timides qui essaient de
résister aux regards réprobateurs en dissimulant leurs visages derrière leurs
mains. Partout dans les tribunes sont assis des vieux, des éclopés, des
malvoyants et des nains et qui gardent tous les sièges de leurs proches de peur que des personnes égarées ou des
nouveaux arrivants ou simplement ceux qui n’ont pas de place assise ne s’en
emparent.
Sur la piste, tout le monde se trémousse. Tout le monde danse à la
manière des derviches tourneurs sans se soucier du rythme ni de l’orchestre ni
des autres danseurs. Les femmes dansent avec les femmes. Les hommes avec les
hommes. Les femmes étreignent les femmes. Les hommes étreignent les hommes. Les
enfants ,eux, restent désespérément perdus entre les jambes des deux: femmes et
hommes…
Un jeune homme, qui voulut déroger à la coutume et au code de la danse
en public, s’avança vers une fille qui accepta de l’accompagner sous les yeux
ébahis et dédaigneux de ceux qui
cherchaient à s’accommoder d’une injure pour la fille facile et à zapper le jugement sur
le jeune homme simplement parce qu’il était
un mâle.
La fille et le jeune homme dansent et se pâment de plaisir en diapason
avec le rythme et leur rencontre. Le jeune homme bat le sol de ses pieds, la
fille se tortille la hanche comme toutes les femmes et chante en entier le
texte auquel le jeune homme ne s’attendait pas et tout patiemment il
l’accompagne :
Redonne-moi de l’amour, redonne-le-moi
Toi, la plus douce des poussées de ma
folie
Redonne-le-moi…
Le jeune homme se confond avec le refrain et perd la mesure mais la
fille le rattrape à chaque fois et le remet dans le rythme par un toucher ou un
sourire dans un air imprégné de bonheur, de la douce parole d’un chanteur
devenu beaucoup plus doux en s’adressant à tous les danseurs sur l’arène:
-«Dansons ! nous n’avons que cette
nuit. Dansons! Demain nous repasserons
devant la porte close de ce palais et
nous aurons la chaire de poule au souvenir de cet instant de bonheur. Vivons-le
ce soir avec les yeux et les sensations de demain! Dansons! Qu’on y trouve
tout notre plaisir!».
SON EXCELLENCE Mr. LE PRESIDENT
JEAN GENET : ENTRE LA MER, LA
PRISON ET LE CIMETIERE
SAISON DE LA MIGRATION VERS TOUS LES LIEUX
PAGE D’ACCUEIL
- ONOMASTIQUE - WEBMASTER
- RECITS
- LIENS CULTURELS - ENGLISH - ARABIC
TOUS DROITS
RESERVES
ALL RIGHTS
RESERVED
e-mail : said_raihani@yahoo.com

<title>http://raihani.free.fr/frenchversion-shortstory2-index.htm</title>
<meta
name="description" content="le site de l’écrivain marocain
Mohamed Saïd Raïhani, espaces du récit, de la nouvelle et de la création
littéraire, SAISON DE
<meta name="keywords"
content="écrit , literature, nouvelle, création littéraire,texte narratif,
narration, SAISON DE