Raïhanyat
Le Site De L’Ecrivain Marocain
Mohamed Saïd Raïhani

NOUVELLES
SAISON DE
VERS TOUS LES LIEUX
Nouvelles Ecrites En Arabe
Par Mohamed Saïd Raïhani, 2003
Traduites En Français
Par Mohamed El Kobbi, 2009
CHACUN
SON CIEL
Au
dessus de l’horizon empourpré et resplendissant, le soleil du couchant étend, en direction de la
plage, un pont cristallin qui scintille admirablement sur la mer qui caresse
par ses vaguelettes douces les pieds nus d’un enfant en les poussant vers les
rochers et en les retirant quand la mer se retire: pousser et retirer, pousser
et retirer…
-«Papa,
c’est là où vivent les requins? » demanda le garçon à son père en
désignant l’océan.
-«Oui
mon chéri, mais loin d’ici, les requins se plaisent à vivre dans les eaux
douces en pleine mer.» Lui répondit le père tout rassuré.
-«Est-ce
qu’ils sont forts, papa?»
-«Oui
mon fils, le requin est le roi de la mer.»
-«Et
ici, sur terre. C’est qui le roi?»
-«Le
lion, mon garçon. Le lion est le roi de la glèbe et de la jungle»
-«Mais
c’est qui est des deux le plus puissant, le lion ou le requin?».
L’enfant
semblait fasciné par le sujet. Peut-être dans son enthousiasme, il imaginait
chacune des questions et des
réponses à la manière d’un feuilleton
dont il devait plaider en faveur de ses héros.
Le
père, tout prévenant et attentif aux interrogations de son fils, lui répondit
par une autre question:
-«Et
comment pourrait-il y avoir de vainqueur et chacun des deux vit paisiblement
dans son royaume? Le lion dans sa jungle et le requin en mer. A supposer même
que si l’un des deux veut empiéter sur le territoire de l’autre pour
l’attaquer, il mourra inéluctablement, par asphyxie sur terre ou par noyade en
mer.
Tout
satisfait, l’enfant esquissa un sourire,
tout en contemplant la mer avec émerveillement,
et demanda à nouveau:
-«Mais
qu’y a -t- il en mer?»
-«La
vie.»
Le
père se rendit compte de l’embarras de son fils devant une telle réponse et se
rattrapa:
-«Il
existe en mer la même création que celle qu’on trouve sur terre: Les montagnes,
les dunes, les cavernes, les plaines, les pierres, les arbres, l’obscurité et
la lumière. A la vie, ici sur terre, correspond une autre vie équivalente en
mer. Pareillement aux animaux sur terre, il y a les poissons en mer.
-«Et
comment la mer peut-elle contenir autant de vies, de reliefs et de richesses
innombrables?!»
-«Détrompes-toi,
mon garçon. Ce qui existe en mer est beaucoup plus important et plus divers que
tout ce qui vit sur terre.»
L’enfant
brida ses yeux, essayant de fixer l’horizon lointain :
-«Mais
la surface de l’océan reste pourtant plate et calme. Elle ne manifeste aucun
phénomène extraordinaire: Ni formes saillantes, ni têtes bizarres, ni non plus
des queues qui se débattent dans les flots.»
-«Ne
sois pas bluffé par la surface, Mon
fils. Les apparences sont trompeuses.»
A
l’aide de sa main, le père souleva le visage de l’enfant vers le ciel et lui
dit :
-«Vois-tu,
mon fils, cette magnifique coupole bleue et limpide?»
-«Tu
parles du ciel, papa?»
-«C’est
notre ciel et celui des lions aussi. Quant à l’étendue de l’immense onde, c’est
le ciel des poissons et des requins.»
Puis
rajouta :
-«Si
tous les êtres marins dépassent cette surface maritime, leur ciel, ils seront
étouffés et mourront tous. De même pour nous les terriens, si nous outrepassons
cette coupole bleue, notre ciel, notre sort sera l’embrasement et la mort.»
Le
père conclut en divaguant :
-«Chacun
son ciel, mon garçon. Il est possible de concevoir des mondes différents, des
espèces différentes, des modes pluriels de vie
et de pensée. Dans cet univers,
il existe une diversité conjuguée à l’infini. C’est bien cette diversité
qui est le grand secret de toute la vie. Elle est la source de toute sa richesse. Sans elle,
nous n’aurions jamais pu savourer ce moment de toute beauté qui nous permettra
de retourner à la maison tout
ragaillardis et heureux.
Le
soleil tirait de la surface des
eaux son châle lumineux et
disparaissait lentement entre les deux
cieux quand l’enfant sentit le bonheur le submerger il proclama à haute voix :
-«La
vie est belle papa!»
Il
l’a dit en serrant la main de son père qui regardait le ciel alors que l’enfant
continuait à regarder la mer.
LA VILLE D’
AL-HAJJAJ BEN YOUSSEF AL-THAQAFI
SON EXCELLENCE Mr. LE PRESIDENT
JEAN GENET : ENTRE LA MER, LA
PRISON ET LE CIMETIERE
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