Raïhanyat
Le Site De L’Ecrivain Marocain
Mohamed Saïd Raïhani

NOUVELLES
SAISON DE
VERS TOUS LES LIEUX
Nouvelles Ecrites En Arabe
Par Mohamed Saïd Raïhani, 2003
Traduites En Français
Par Mohamed El Kobbi, 2009
Depuis ma première entrée à l’école à l’âge de
sept ans, j’ai pris l’habitude de tripler chaque année scolaire pour fréquenter
trois générations. Grâce à ce subterfuge, j’ai pu élargir le cercle de mes
connaissances pour le répandre à tous les quartiers de ma ville. J’ai réussi
alors à avoir un peu partout des amis de tous les âges. Arrivé à la dernière
année de mon parcours du primaire qui a duré en tout une quinzaine d’années,
j’avais des amis dans la même classe, d’autres au collège ou au lycée, et ceux
aussi qui étaient à l’université ou dans les centres de formation des
instituteurs parmi lesquels se trouvaient même ceux qui ont choisi d’enseigner
officiellement dans mon école. J’étais pour eux à la fois l’élève et l’ami de
l’enfance dont ils se souviennent avec une grande nostalgie alors que je la
vivais encore pleinement.
Ceci n’était pas
dû au faible niveau des enseignants ou du simple fait que j’étais médiocre ou
abruti, mais tout simplement à une certaine morale qui nous guidait dès le plus
jeune âge. Une morale à laquelle beaucoup n’y croyait à part moi et un petit
nombre de l’élite de demain:
«La précipitation est une instigation de Satan».
C’est pourquoi j’ai décidé, en compagnie de
cette élite, de généraliser cette philosophie à tout le monde. Mais avant de
nous engager sur cette voie, il fallait bien
élucider et appliquer les préceptes qu’on devait prêcher aux autres et
en premier notre célèbre slogan:
«Seuls les endormis sont promus à la réussite ».
Ainsi, nous
avons pris l’habitude de nous endormir à chaque classe pendant trois ans
jusqu'à l’instauration d’une nouvelle réglementation réorganisant la réussite et l’échec et interdisant de
rester plus d’une année pour tous ceux qui avaient déjà doublé. Cette nouvelle,
malgré son aspect restrictif et répressif,
nous a permis de renforcer notre politique d’endormissement pour
garantir plus de réussite puisque nous
étions sûrs de passer à la classe suivante. Ceci «qu’on le veuille ou non », comme
répétaient les anciens militants et résistants et combattants et tous ceux qui
croyaient fournir un certain effort.
Cette nouvelle
loi nous a garanti la réussite pendant toute la période du primaire et du
collège. L’administration n’avait nullement l’intention de nous exclure et nous
priver par la suite de notre droit à la
scolarisation avant que nous atteignions notre majorité. Une fois que nous nous
sommes trouvés au lycée, nous étions surpris et pris de court par le nouveau
rythme, nous nous sommes trouvés sans appui. Il n’y avait plus de loi qui ne
nous assurait le droit à la réussite sans fournir d’effort.
Après quatre
années tous mes camarades, presque trentenaires, ont quitté l’école publique
pour chercher un lycée privé dans le but de passer leur bac. Dans notre nouvel
environnement au lycée privé, nous avons retrouvé du soutien qui nous a fait défaut durant les du lycée. Pour
réussir dans ces établissements privés, il suffisait d’être un peu âgé et
d’avancer les frais de scolarité pour un an.
Pour mon bac, ce
fut une immense joie d’apprendre que j’étais admis dès la première session, parmi
les brillantissimes élèves de toute la province. D’ailleurs, je n’étais pas le
seul à l’être, tous les noms de mes camarades étaient affichés sur le tableau
d’honneur étant donné que nos réponses au moment des épreuves étaient
identiques. Au déroulement de l’examen, je recevais des bouts de papiers des
meilleurs élèves que je suppléais de m’aider et je refilais les réponses à mes
autres camarades qui ne cessaient de me creuser le dos avec la pointe de leurs
stylos et qui s’empressaient nerveusement à les obtenir avec l’approche
fatidique du ramassage des copies et de la fermeture des portes des salles des
examens.
A l’université, Chef Zizoua, qui présidait
aux destinées des fourneaux de la buvette, passait pour un vrai cuistot dans la
préparation du thé à la menthe typiquement marocain. Son talent indéniable, son
savoir-faire et sa conduite habile et conviviale envers les autres ont fini par
nous ensorceler. Ainsi, nous avons conservé la table que nous avons réservé
durant sept ans près de son comptoir avant que notre promotion et les six
autres à venir ne quittent l’université pour décrocher des postes d’emploi et
gravir les échelons…
Brusquement, une
nouvelle loi fut instituée à l’université menaçant d’exclusion les anciens. Par
pure chance, nous avions acquis notre licence cette même année. Cependant,
notre euphorie était limitée et nous ne pouvions pas tirée bon profit de cet
acquis car nous étions tous des quadras. Sachant que tous les concours
arrêtaient l’âge des candidats à trente, nous savions d’avance que nos diplômes
étaient condamnés définitivement au chômage.
Que faire ?
Certains ont
préconisé que je dois chercher un piston performant capable de réaliser ce que la loi n’ose jamais
accomplir.
D’autres m’ont
conseillé de chercher l’intervention d’un ministre ou d’un député parlementaire
qui pourraient se servir de leur pouvoir pour m’introduire dans le monde du
travail.
Quant à moi,
j’ai préféré saisir les tribunaux dans l’espoir de diminuer mon âge. Il fallait
donc que je me rajeunisse de onze ans pour avoir de nouveau mes vingt-huit ans
et jouir du droit de passer ces concours pendant deux ans avant que je
n’atteigne encore une fois le seuil limite, celui de trente ans.
Durant deux
semaines des plaidoyers devant le tribunal, j’ai voyagé dans le temps vers le
passé et j’ai eu finalement gain de cause. Avec mes vingt-huit ans, j’ai pu me présenter au premier concours.
J’ai franchi l’épreuve écrite avec succès mais, pendant l’oral, j’ai vu l’échec
qui se dénotait dans les regards de mes examinateurs assis de l’autre bout de
la table. Je n’ai pas eu d’autres choix que celui de me mettre sous la table me
jetant sur leurs pieds et embrassant leurs chaussures une à une. Je les priais
de me sauver d’un échec évident, tout en implorant la miséricorde pour leurs
parents et tous leurs ancêtres. Je n’ai pu me mettre debout qu’au moment où
j’ai senti plusieurs mains me tapotant le derrière et m’ordonnant de me lever
en me promettant la bonne nouvelle de ma réussite dans le concours.
Enfin, je suis
rentré dans le monde du travail.
Enfin, j’ai
regagné le monde de la production.
Mais mon sort
n’était pas encore scellé car il existe des impératifs catégoriques et des
lignes rouges qu’il ne faut pas transgresser surtout avec mes nouveaux
bienfaiteurs patrons et mes collègues de travail. Selon mon nouveau statut, j’ai compris qu’il
fallait passer sous silence mon envie d’évoluer et d’améliorer ma condition
sociale pour m’astreindre à patienter que mes employeurs m’accordent une
promotion par ancienneté. Cette orientation pleine de sens m’a ouvert les yeux
sur une nouvelle philosophie que je voulais essayer:
«La vie par ancienneté».
Elle me semblait dés le départ plus sécurisante que les concours, la
concurrence et toutes les actions aventureuses avec tous les dangers et les
inconvénients qui en résultent. «La vie par ancienneté» me convenait
bien. C’est pourquoi j’ai choisi son chemin. Au cours de la même année, on est
promu sans examen, sans diplôme et sans d’autres motifs que l’ancienneté.
Armé de ma nouvelle
vision, «La vie par ancienneté», j’ai découvert stupéfait les exploits
extraordinaires, les contributions et les relations diverses que pouvait tisser
et inspirer l’ancienneté…
Je me suis
retrouvé entrain de remporter les procès
par ancienneté, de gagner le respect des petits parce
que je suis plus ancien qu’eux, d’obtenir la recommandation du parti pour me
présenter aux élections parce que je suis, avec ma carte d’adhérent, plus
ancien que d’autres, mes voisins n’hésitent pas de voter pour moi parce que je suis un ancien du quartier et
qu’ils connaissent tous mes secrets et que je connais les leurs…
Progressivement,
je me suis retrouvé dans la gestion des affaires publiques et je me suis engagé
à favoriser le développement de notre localité. Nous avons fondé pour cela une
fédération qui regroupait tous les milieux associatifs de la ville, et au sein
de laquelle nous exhortions les citoyens à adopter la philosophie de «La vie par ancienneté» et de la considérer comme un moyen
légal et idéal pour atteindre les
objectifs sans trop de risques et de tribulations. Nous nous ne prêtions
pas attention à nos détracteurs qui nous désignaient péjorativement:
«L’association des Anciens Paresseux du Seul Lycée de
«Nous avons atteint notre objectif ! Dorénavant plus de
concours, plus de diplôme, plus de facultés, plus de chantage ni de mensonge!…
Vivez votre vie par ancienneté. Soyez tous anciens et vous verrez bien comment
vos vœux vont tous se réaliser. Mes chers frères ! Nous nous félicitons
pour cet exploit historique et ce vrai bonheur! On se verra à un prochain
rendez-vous militant avec de nouvelles revendications populaires…»
J’ai la larme à
l’œil quand je me rappelle de ces instants mémorables et émouvants. Je n’ai
jamais rêvé de rentrer dans l’Histoire uniquement parce que je ne luis
accordait aucune considération. Mais Dieu, Il guide qui Il veut, quand Il veut
et comme Il veut. Louange à Dieu de nous avoir guidé à cela et nous n’aurions
jamais pu l’être si ce n’était pas Lui qui nous guidait. Louange à Dieu et
merci à Lui pour tous ses bienfaits et toute sa grâce. Mon Seigneur et mon
Maître, Dieu de l’univers, Dieu du glorieux trône. O Le Vivant, Le Tout-puissant,
L’Unique et L’Eternel, Le Clément de tous les cléments…
LA VILLE D’ AL-HAJJAJ
BEN YOUSSEF AL-THAQAFI
SON EXCELLENCE Mr. LE PRESIDENT
JEAN GENET : ENTRE LA MER, LA
PRISON ET LE CIMETIERE
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