Raïhanyat

Le Site De L’Ecrivain Marocain

 Mohamed  Saïd Raïhani

 

NOUVELLES

 

 

SAISON DE LA MIGRATION

VERS TOUS LES LIEUX

 

Nouvelles Ecrites En Arabe Par Mohamed Saïd Raïhani, 2003

 

Traduites En Français Par Mohamed El Kobbi, 2009

 

 

CHIENS

 

 

 

 

 Chez lui, Il n’y a rien qui puisse être cambriolé: Ni vaisselle, ni argenterie, ni femmes, ni enfants… Rien que ses vêtements qu’il porte sur lui.  Pourtant, il se coltine des chiens égarés pour qu’ils lui gardent la porte de sa chaumière en les nourrissant abondamment de pain sec, dans ce ghetto de misère qui ceinture la ville. Des chiens affamés qui ne peuvent assumer leur rôle de chiens de garde ni protéger quiconque contre les agresseurs mais qui peuvent au moins, en signe de reconnaissance pour l’homme qui les nourrit, l’alerter à l’aide de  quelques aboiements au cas où des curieux ou des voleurs oseraient s’approcher de sa porte…

 

  Le matin est brumeux et bien froid. L’Homme sort de sa maison, s’assied sur le seuil. Les chiens, dans différentes formes et espèces,  s’approchent de Lui mais seulement deux d’entre eux osent s’approcher le plus prés de Lui pour lécher ses mains et ses chaussures alors que les cinq autres chiens maintiennent leur distance...

 

 Le froid est glacial. L’homme et les deux chiens face à face laissent échapper leurs  bouffées par la bouche, ils échangent leurs souffles.

 

L’Homme disparut à l’intérieur de chez Lui puis ramena à l’aide de sa redingote qui Lui servait de panier un tas de pain rassis entièrement couvert de moisissure pestilentielle.  Il se mit à émietter les morceaux de pain aux deux chiens qui gigotaient joyeusement leurs queues  et haletaient d’appétit sans oublier de surveiller, de temps à autre, les cinq autres chiens qui devaient rester à distance respectable…

 

    L’Homme finit d’émietter le pain pour les deux chiens, leur cajole le cou pour leur prouver sa satisfaction et son attachement, ferme la porte de sa maison et s’éloigne de ce misérable ghetto vers le centre de la ville où Il dois  chercher un travail.

 

Les deux chiens s’empiffrent des miettes en faisant entendre leur grognement aux autres chiens afin de les dissuader de s’approcher ou de penser à la moindre provocation.

 

   Les chiens comprennent le message d’avertissement. Ils s’allongent par terre et attendent. Les deux chiens se goinfrent en jetant des regards menaçants aux autres chiens pour les mettre en garde à nouveau d’une éventuelle bravade.

 

Le chien mâle envisage de partir mais pense au pain qui reste. Il fixe les autres chiens qui jouent l’indifférent puis regarde à nouveau les miettes du pain étalées devant lui. Il patiente un instant et se baisse pour accompagner la chienne. Il relève sa tête pour avaler les morceaux mais ses yeux globuleux et quasi retournés montrent  qu’il souffre  pour engloutir les bouchées. Il regarde derrière lui et montre ses dents menaçant aux autres chiens qui se confinent dans leur rôle des «indifférents», allongés sur leur plat ventre, respirant doucement sans broncher.

 

Le chien retourne s’occuper de ce qui reste du repas. Le dernier morceau de pain semble être assez dur pour la digestion. Il insiste à plusieurs reprises jusqu’à s’effondrer pris d’une forte toux. Il tente, en aboyant laborieusement d’expulser le morceau qui l’étouffe mais en vain. Il continue à taper par terre, à donner des coups de pieds dan le vide et  à tourner comme une girouette mais sans jamais parvenir à vomir le morceau. Il tape et hurle tellement fort que la terre sous ses pieds parait totalement nettoyée.

 

Derrière lui, les cinq autres chiens, toujours assis dans leur petit coin sans  prêter la moindre attention au chien agonisant, paraissent plutôt intéressés par la chienne qui continue de manger et de grogner en se tournant de temps à autre vers eux avec méfiance.

 

La chienne se sentit bourrée et exténuée. Elle se repose à côté du pain que le chien mourrant rejette, le flaira puis ramasse ce qu’elle peut entre ses mâchoires. Les autres chiens ne bougent pas et contemplent la scène en clignant leurs yeux avec nonchalance. La chienne essaie d’aboyer mais les différentes tailles de morceaux de pain  qui lui bourre la bouche atténuent la force de ses aboiements.

 

Les mouches la dévorent. Elle essaie vainement de les chasser en remuant ses oreilles mais quelques morceau de pain lui tombe d’entre les mâchoires. Elle se baisse pour tout ramasser d’une traite et  s’éloigne lentement alourdie par la quantité de pain dans son estomac et entre ses mâchoires. Elle s’éloigna en continuant à regarder les autres chiens et les morceaux de pain émiettés par terre. Elle tourne en arrivant à l’angle de la rue et disparaît pour un court instant.

 

Maintenant, les autres chiens se lèvent tout doucement, s’avancent à pas de loups vers les morceaux de pain éparpillés à côté du chien déjà mort. Il jètent un coup d’œil à l’angle de la rue d’où la chienne a disparu puis se ruent sur les miettes. Durant leur festin, ils ne cessent de regarder derrière eux pour éviter la mauvaise surprise et le mauvais châtiment.

 

Ils dévorent tout le pain et agitent nerveusement leurs queues pour tromper leur peur.

 

Finalement, la chienne réapparaît. Ses grosses mamelles se balancent entre ses pattes et touchent à terre. Les autres chiennent se rendirent compte de sa présence et se sauvent. Il bondissent et courent à vive allure sans regarder derrière eux. La chienne avance vers le lieu où se trouvait son repas mais elle n’y trouve pas une miette. Elle lève les yeux vers l’horizon où les chiens fuyards paraissent comme cinq petits points qui continuent de s’éloigner dans leur folle course et de dessiner des formes géométriques en tout genre. Ils continuaient à fendre l’air pour avoir échappé aux crocs des chiens qui préfèrent mourir d’indigestion que de partager quelques miettes.

 

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

 

PRÉFACE

 L’OISEAU DU PRINTEMPS

  CHACUN SON PROPRE CIEL

  LES TROIS CLEFS

 CONCERT

LA VILLE D’ AL-HAJJAJ BEN YOUSSEF AL-THAQAFI  

 SON EXCELLENCE Mr. LE PRESIDENT

DEVELOPPEMENT  

 UNE MISE-EN-SCENE FUTILE

 VIEILLESSE  

JEAN GENET : ENTRE LA MER, LA PRISON ET LE CIMETIERE   

 L’HOMME LIEVRE  

 CHIENS

TOURISME X  

SAVOIR VIVRE PAR ANCIENNETE   

 ECRIVAIN

 SAISON DE LA MIGRATION VERS TOUS LES LIEUX  

 

 

 

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