Raïhanyat
Le Site De L’Ecrivain Marocain
Mohamed Saïd Raïhani

NOUVELLES
SAISON DE
VERS TOUS LES LIEUX
Nouvelles Ecrites En
Arabe Par Mohamed Saïd Raïhani, 2003
Traduites En Français
Par Mohamed El Kobbi, 2009
L’HOMME
LIEVRE
Tous mes amis, bien postés dans l’axe, me réclament le
ballon. Moi, en vue de montrer tout mon talent, j’ai opté pour une solution
individualiste. Au moment de me retrouver à la lutte avec des défenseurs
adversaires trop accrocheurs voire même brutaux, un parmi eux avec un coup de
ciseau spectaculaire m’a envoyé entièrement en l’air, il ne me restait qu’à
choisir le côté sur lequel je vais m’écrouler. J’ai préféré tomber sur ma
jambe qui s’est fracturée automatiquement à ma chute.
Tous les joueurs, y compris ceux du camp adverse, se sont relayés
pour me transporter chez l’orthopédiste le plus proche.
L’orthopédiste juré devant les tribunaux m’a exigé l’avancement de
l’argent avant toute opération sur ma jambe cassée et m’a chassé au cœur de la
nuit alors que j’étais encore sous l’effet de l’anesthésie en me fixant un
rendez-vous après un mois.
Durant ce mois ferme, je n’ai pas été une seule fois au hammam. Je
sentais trop mauvais même de loin. Ce qui me dissuadait de
fréquenter mes amis. A l’université, à cause de mon odeur qui chlinguait, je
suis devenu de plus en plus renfermé en préférant m’isoler à l’arrière de
l’amphi.
Une fois la période de l’attente s’est écoulée, je suis revenu
voir l’orthopédiste juré pour enlever mon plâtre et entamer ma prochaine
rééducation. Je fus tout étonné de découvrir que ma jambe gauche est plus
courte que celle de droite et que mon genou de surcroît ne pouvait plus se plier.
L’orthopédiste, réalisant sa méprise, m’a ressortit une solution miracle :
- Maintenant, tu
peux aller au hammam. Là, tout rentrera dans l’ordre pour ton genou!
- El ma courte
jambe, qu’est ce que j’en fais ?
- Vas d’abord au
hammam, je te dis. Après, on verra pour ta jambe qui a rétréci.
Durant une semaine, je me suis rendu quotidiennement au dit hammam
jusqu’à ce que l’agent d’accueil des lieux fut surpris de mon assiduité.
Je l’ai entendu marmonner à l’oreille de son compagnon :
- «Je le connais
ce monsieur. Mais quel zèle! À ma connaissance, il n’est pas marié mais
pourquoi donc autant d’ablutions?!»
Je suis retourné voir l’orthopédiste juré dans sa clinique et je
l’ai trouvé perdu devant ses comptes et ses factures. Je l’ai fait sauter de
surprise à la question sèche que je lui ai lancée:
-Pour quelle
raison m’as-tu difformé?
-Je n’ai
difformé personne. Chacun sa chance. la loi est que 99% des cas opérés
réussissent par garantie. Quant au 1 % qui reste est réservé à l’échec.
- Mais comment
ferais-je maintenant avec une jambe qui touche à terre et une autre en
l’air ?
-N’oublies pas
tout de même l’essentiel: C’est que tu possèdes deux jambes comme tout le monde…
-Je vais finir
par te tuer, salaud !
-Dégages de ma
vue, espèce de monstre !
Puis, il m’a poursuivi avec une hachette à la main droite et un
marteau à la main gauche. Quant à moi, je courais devant lui comme un lièvre
qui fuyait les représailles: je me tenais sur ma jambe courte et je m’élançais
en l’air grâce à ma jambe normale solidement appuyée sur terre. Je
sautais à chaque fois neuf carreaux et me relançais pour faire à chaque poussée
les neuf carreaux… Je ne me suis arrêté qu’en arrivant au campus
universitaire où j’ai surpris tous mes camarades :
-Vous êtes tous
témoins !
-Témoins de
quoi !
- L’orthopédiste
m’a défiguré et je le poursuivrai devant les tribunaux sinon je le tuerai ou il
me tuera…
-Ne perds pas la
tête, cher ami. Il faut que tu évites les embrouilles avec les médecins, tous
les médecins. Ton adversaire connait tous les remèdes et bien sûr tous les
poisons. Quant à la mort que nous craignons, elle n’est pour lui qu’un cas
normal. La mort qui nous effraie n’est pour lui qu’un simple cas, et les morts
que nous vénérons ne sont pour lui que des simples cadavres qu’il enjambe tous
les jours. Si, par malheur, il t’arrive de le quereller, il est capable avec
une simple petite injection de te momifier tout comme un serpent ou comme un
crocodile…
Je n’ai rien compris.
Vont-ils me laisser tomber, mes amis?!...
Puis, ils se sont tous retirés.
De loin, j’ai entendu l’un d’eux qui répétait :
-C’est la
volonté de Dieu ...
J’ai senti le monde changer autour de moi, mes sentiments se
transformer…
Mon entendement change, mes visions, mes convictions, toute mon éducation
et mes grands espoirs…
Tout prend un tournant inquiétant.
M’ont –ils trahi, mes amis ?
Je me suis murmuré :
Comment ?!
Ai-je perdu définitivement ma jambe ?!
Apprendrais-je une nouvelle vie ?!
Pourrais je supporter la vie des lièvres ?!
Le vertige me saisit :
- Est-il
obligatoire d’accepter mon nouveau rôle et ma nouvelle vie de lièvre ?
Je ne vois plus le monde que dans le tourbillon des
questions :
Suis-je au bout du compte devenu un lièvre ?
Subitement, j’ai senti comme un égout rempli de boue qui
m’aspirait et moi à haute voix criant au désarroi et aux secours
- Venez mes
amis !
Mais, indifféremment, mes amis me jouaient le mauvais tour et
s’éloignaient au fur et à mesure que je les priais :
-Partez si vous
voulez bien, mais prière de répondre à ma question :
- Passerais- je
le restant de ma vie pareillement?
Mais la question, à part moi, ne semblait intéresser
personne:
-Répondez-moi,
s’il vous plaît mes amis, où allez vous ? Allez vous m’abandonner vous
aussi ?
Mais tous continuaient de s’éloigner silencieusement.
J’ai regardé la terre sous mes pieds et j’ai vu que je tenais sur
un seul car l’autre pied se balançait dans l’air. Inquiet, j’ai
répété la question à voix basse et soudain le sanglot des larmes :
-Est-ce que vous
insinuez que je dois vivre ainsi?!
Avant qu’ils ne disparaissent tous derrière la buvette, un du
groupe m’a lancé :
-«Achètes-toi une
chaussure avec un haut talon pour t’épargner tous les risques mal engagés.»
Enfin je me suis retrouvé tout seul au milieu du campus : Sur
ma droite, les profs agrippés aux fenêtres font leur tapage ; sur
ma gauche, le vrombissement des voitures et les horribles klaxons des camions
me donnent le vertige. Aussitôt j’ai commencé à imaginer de
m’orienter autrement que de la droite ou de la gauche mais au-delà des deux et,
au lieu de sauter comme un lièvre devant, je me lancerais comme une fusée
vers le haut, beaucoup plus haut le poète Abou Al-Alae Al-Maarri
n’a jamais osé rêver :
J’inventerais même ce dont les anciens étaient incapables…
LA VILLE D’
AL-HAJJAJ BEN YOUSSEF AL-THAQAFI
SON EXCELLENCE Mr. LE PRESIDENT
JEAN GENET : ENTRE LA MER, LA
PRISON ET LE CIMETIERE
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