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Le Site De L’Ecrivain Marocain

 Mohamed  Saïd Raïhani

 

NOUVELLES

 

 

SAISON DE LA MIGRATION

VERS TOUS LES LIEUX

 

Nouvelles Ecrites En Arabe Par Mohamed Saïd Raïhani, 2003

 

Traduites En Français Par Mohamed El Kobbi, 2009

 

 

JEAN GENET :

ENTRE LA MER, LA PRISON ET LE CIMETIERE  

 

Le ciel s’assombrit et sa noirceur s’affermit avec tous ces nuages qui sont de plus de en plus bas, effleurant les arbres déchaînés sous la fureur de  la bourrasque de vent,  de temps en temps, les éclairs criblent et déchirent  l’univers, le tonnerre gronde à tous les coins et l’obscurité couvre tout  et avance à pas de loups.

                                                                           

 René, mon invité français est malchanceux, il me rend visite pour que je l’aide à la préparation de sa thèse de doctorat intitulé : «Genet entre la mer, la prison et le cimetière» ;  il envisage à travers son étude de se lancer dans le monde de l’écriture et de l’édition, et me promet de m’immortaliser sur la page de dédicace lorsque sa thèse  paraîtra en  livre.

 

Sa visite durera une semaine, mais les prévisions météorologiques de celle-ci annoncent une pluviométrie importante et des températures en dégringolade,  ce qui doit écourter son séjour avec moi, dans un café sur «Balcon Atlantico», ou chez moi dans le bidonville de   «Jnane Bacha ».

 

Jean Genet  cherchait une ville qui devait  réunir les trois stations/segments  de sa vie dans un triangle équilatéral, celui de la prison  où il a passé sept ans de sa jeunesse, la mer comme un soulagement après toute peine, et le cimetière comme lieu de sommeil éternel pour tous  ceux qui sont hors d’haleine..

 

Entre toutes les villes du monde, Jean Genet  n’a pas trouvé un lieu qui donne directement sur son triangle existentiel, sauf ici dans cette ville, c’est pourquoi il a acheté ici sa maison où il passait la plupart de son temps, sous son béret en se balançant sur sa chaise balançoire, surveillant de son balcon les trois angles de son triangle, déplaçant son regard du  cimetière où il a demandé d’être enterré, à la prison sur sa droite, et à la mer qui s’étend à l’infini, puis de nouveau au cimetière une deuxième une troisième une quatrième fois …

 

Mon invité, René, notait tout ce que je pouvais énoncer, il était de très bonne humeur et semblait être heureux en dépit de l’ambiance sinistre, et malgré le coin noir du parapluie qu’on partageait et  qui devait naturellement décupler notre sentiment de noirceur et  de déprime.

 

Il tombe du ciel des hallebardes, le bruit de la mer emplit l’univers de vacarme, et il n’y a pas  lieu de rester à  se promener dehors dans les rues

 

Je lui ai demandé d’aller nous abriter chez moi et il a accepté.

 

En arrivant à l’un des bidonvilles les plus entassés de la ville, je me suis présenté :

- Voici mon quartier, «Jnane Bacha», loin du triangle de Genet

 

Cependant, René ne semblait plus heureux , ou bien c’est son  bonheur qui s’est engourdi ou bien il se sent indisposé.

 

Nous sommes descendus vers le bidonville à travers des passages sinueux et étroits, comme on descend la vallée de Oued  El Makhazine... René me colle à la semelle, marche dans mes pas et s’arrête quand je m’arrête pour se protéger d’une attaque orageuse.

-Bienvenu!  C’est ça mon foyer.

 

René leva les yeux vers le lieu d’où nous sommes descendus, là où l’on aperçoit le monde urbain avec ses grands immeubles, ses arts de construction et d’architecture, puis jeta un œil sur sa gauche pour voir mon quartier se muer en un brasier ravivé par la les populations, les baraquements et les ordures. Je commence à sentir submergé par la honte.

 

J’ai ouvert la porte et allumé la lumière.

 

René m’interrogea tout étonné :

-Avez-vous de l’électricité ?

 

Bien sûr, ici vous pouvez loger dans n’importe quel bidonville et on  vous ramènera jusqu’à votre porte l’eau,  l’électricité et tous vos droit.

 

Les murs de la chambre deviennent plus suintants  que ce matin. Ils se sont gonflés et sont couverts d’une moisissure verdâtre, les grandes photos en couleur se décollent du mur et les portraits, sous l’impact de l’humidité de ce lieu inventif, se révèlent comme des sculptures.

 

J’ai bien compris que mon invité était dépité à cause de ces conditions incommodes, il ne me questionna plus sur Jean Genet. Il s’est consacré exclusivement à scruter  cet endroit et à  essayer de nommer ses différents coins et ses différents contenus..

 

Il me demanda, perplexe, tout en tâtant les couches de rouille qui couvrent la grille de la seule petite fenêtre donnant sur la rue :

-As-tu déjà vu le film «Les Evadés d’Alcatraz»?

 

Je lui ai répondu machinalement :

-Oui. Mais pour la prison, nous sortirons la découvrir pendant l’accalmie. Nous n’avons vu jusqu’à présent que le cimetière, la mer et la maison de Jean Genet.

 

Le front tout ridé, René me demanda, extrêmement surpris:

-Après tout ça, y a –t- il encore des prisons derrières ses bidonvilles ?

 

La pluie s’intensifie.

La pluie, maintenant, ne tombe pas, elle martèle les toitures.

La pluie, maintenant, crache sur les vitres des fenêtres.

La pluie, maintenant, efface tous les noms sur les planches.

La pluie, maintenant, efface tous les slogans de toutes les affiches.

La pluie, maintenant, efface tout.

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

 

PRÉFACE

 L’OISEAU DU PRINTEMPS

  CHACUN SON PROPRE CIEL

  LES TROIS CLEFS

 CONCERT

LA VILLE D’ AL-HAJJAJ BEN YOUSSEF AL-THAQAFI  

 SON EXCELLENCE Mr. LE PRESIDENT

DEVELOPPEMENT  

 UNE MISE-EN-SCENE FUTILE

 VIEILLESSE  

JEAN GENET : ENTRE LA MER, LA PRISON ET LE CIMETIERE   

 L’HOMME LIEVRE  

 CHIENS

TOURISME X  

SAVOIR VIVRE PAR ANCIENNETE   

 ECRIVAIN

 SAISON DE LA MIGRATION VERS TOUS LES LIEUX  

 

 

 

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