Raïhanyat
Le Site De L’Ecrivain Marocain
Mohamed Saïd Raïhani

NOUVELLES
SAISON DE
VERS TOUS LES LIEUX
Nouvelles Ecrites En
Arabe Par Mohamed Saïd Raïhani,
2003
Traduites En Français
Par Mohamed El Kobbi,
2009
Une préface
de Mohamed El Kobbi
Le recueil dont il est question ici , de par sa langue enchanteresse et sa
syntaxe richement raffinée peut provoquer et choquer le lecteur à cause de ses
griffes thématiques qui écorchent et dépouillent le réel, raison de plus pour
que le nouvelliste Mohamed
Saïd Raïhani continue à pointer les multiples archaïsmes qui nous
empêchent de progresser et désigner les périls qui nous terrorisent. La
migration surgit de ces pages comme le pire de ces périls qui nous guettent de
toute part.
Toutefois,
le pire des cas est toujours le plus dérisoire et le plus aberrant, souvent
mêlé de burlesque et de comique. Cependant, l’auteur de ces
nouvelles annonce dès le départ qu’il ne compte pas rester à ce
stade, il met d’entrée le lecteur au défi d’une réalité qui s’étale par ces
contradictions pathogènes et le met au-delà d’elle. Le recueil «Saison de la migration vers tous les
lieux» sonne le glas
de la révolte et se lit dans la continuité du premier recueil «En attendant le lever du jour» en s'ouvrant sur des horizons nouveaux
et un avenir meilleur où l’auteur de ces textes cultive l’amour de la
littérature en général et celui de la nouvelle en particulier.
Pratiquant une méthode d’écriture qui cherche à
libérer le fond et la forme, l’auteur Mohamed Saïd Raïhani expérimente les richesses de
différents genres de narration qui donnent lieu à une écriture nouvelle
loin de la voie classique dont on a l’habitude de s’y faire, celle de sa
linéarité narrative, mais passe plutôt par des sentiers différents. L’auteur ne
cesse de malmener la forme et de la diversifier en soumettant ses thèmes
au même effort, bravant ainsi le ton officiel et l’ordre établi de la
manipulation et du silence social, secouant intensément la
mentalité inerte de tous ceux qui caressent le réel dans le sens du
poil et dénonçant les raisons qui poussent les uns et les autres à plier bagage
pour aller n’importe où, pour migrer vers tous les lieux, pour fuir «un pays devenu un théâtre pour cabotins».
Le présent recueil, «Saison de la migration vers tous les lieux», s’ouvre par la nouvelle «L’oiseau du printemps» qui donne le ton à cette
saison de migration symbolisée par l’hirondelle. Le texte délibérément «Vivaldien»
affiche la couleur et la vibration du style, se souciant secondairement des
intrigues et mettant ingénieusement la beauté de l’écriture au service de
l’imagination, elle-même nourrie et irriguée par ce désir tellurique
et inaliénable d’embrasser les valeurs humaines les plus universelles:
Dans la nouvelle «Chacun son ciel», le timbre de l’enfance colle à la
voix de l’auteur et la moralité prégnante est prométhéenne:
«Chacun
son ciel, mon garçon. Il est possible de concevoir des mondes différents, des
espèces différentes, des modes pluriels de vie et de pensée. Dans cet univers,
il existe une diversité conjuguée à l’infini. C’est bien cette diversité qui
est le grand secret de toute la vie. Elle est la source de toute sa
richesse ».
C’est ainsi que l’auteur entraîne
le lecteur, souvent avec une plume à la pointe sarcastique et poétique vers une
authentique réflexion sur la nature humaine, soumettant la thématique, la
narration et la langue à un examen expérimental et novateur, ayant surtout dans
la ligne de mire le grand chantier dont il est l’initiateur, celui des «Trois clefs»:
«Les trois clefs» sont, pour l’auteur, les trois univers
inaliénables qui structurent toute marche vers l’avenir. Cependant, selon Mohamed Saïd Raïhani, ils sont restés dans la culture arabo-musulmane des univers aliénés et affectant tout le corps de
l’écriture d’une schizophrénie dont il faut s’affranchir. Mais pour y parvenir
il faut s’attaquer aux derniers bastions de la censure en faisant le choix de
la «révolution contre
tous les référents et toutes les références». A y regarder de près, la balance,
à travers l’Histoire arabo-musulmane, a toujours penché vers
Les deux nouvelles «Son Excellence Mr. Le Président Bien-aimé Léternel »
et «La
ville D’Al-Hajjaj Ben Youssef Al-Thaqafi» dépeignent cet environnement du monopole du pouvoir sur
l’espace de la mémoire et «le fardeau des grands noms qui torpillent les corps épuisés dans
leur marche vers la délivrance».
Combien d’embûches sont jetés sur la voie de la libération!
En matière de tabous, d’interdits multiples et de valeurs du «je- m’en- foutisme», tout le monde en prend pour son grade. Un pan majoritaire de la
société vit dans l’ignorance, la peur et la misère. Néanmoins, tout le monde se
trouve confronté à l'unique décision de partir ailleurs, loin d’un
lieu où «des chiens
préfèrent mourir d’indigestion que de partager quelques miettes», loin d’une communauté où les médecins,
au lieu de guérir les malades, aggravent leur pathologie en les sommant de
payer d'avance et en les mettant dehors alors qu'ils sont encore
sous anesthésie comme dans la nouvelle «L’Homme lièvre», loin d’une communauté où les chômeurs se voient offrir par les
autorités une fille de joie au lieu d’un travail, pour comble du
sarcasme, comme dans la nouvelle «Développement»!
Le rapport avec l'autre, l'étranger, représenté dans la
nouvelle "Tourisme
X" par le
touriste qui est resté le même que dans le passé, avide de domination dont le
sexe ici n'est que l'ultime parabole, et aussi celui qui ignore presque
totalement, comme dans la nouvelle de "Jean Genet: Entre la mer, la prison et
le cimetière" ,
l'arrière pays marocain: celui des bidonvilles et de la grande prison à ciel
ouvert.
Le plus traumatisant reste ce désir impérieux de
migrer vers tous les lieux à la recherche d'une autre vie plus digne et
d'autres milieux plus salubres où l'être humain est respecté et valorisé, où le
rêve est permis et où l'amour est possible.
Cependant, Cette migration est à double tranchant. Elle
n'est pas la panacée à toutes les crises qui handicapent la société comme
disent les roches et les plantes qui resteront seules aprés le départ de tout le monde dans la nouvelle «Saison de la migration vers tous les
lieux» :
"Il
n’y a de vraie migration que celle de vos inconvénients. Vous migrerez avec
l’épée de Damoclès sur vos têtes, jamais vous ne réussirez à vous purifier et à
vous libérer. Cette migration n’est qu’une punition qui vient de se rajouter à
votre souffrance historique."
Cette citation résume
la perception espérantiste du nouvelliste Mohamed Saïd Raïhani qui nous met devant notre
responsabilité d'agir en vue de changer le cours de notre propre Histoire.
LA VILLE D’ AL-HAJJAJ BEN YOUSSEF AL-THAQAFI
SON EXCELLENCE Mr. LE PRESIDENT
JEAN GENET : ENTRE LA MER, LA
PRISON ET LE CIMETIERE
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