Raihanyat,

Raïhanyat

Le Site De L’Ecrivain Marocain

 Mohamed  Saïd Raïhani

 

NOUVELLES

 

 

EN ATTENDANT

 LE LEVER DU JOUR

(Nouvelles Traduites de L'Arabe, 2003)

 

                                                                                  

IDENTITE

 

L’agent de police m’a remis ma carte d’identité en duplicate et a continué a me regarder d’un ’air douteux et m’a dit en me tirant l’oreille:

- Fais attention! C’est la troisième fois que tu réclames la perte de ta carte  et que tu en obtiens une copie, assez de stupidité. Est-ce clair?

 

Attention!

Attention!

Attention!

 

En dehors du commissariat, une attraction gravitationnelle  me colle au sol et rend mes pas de plus en plus lourds.

 

Ma pesanteur me procure de la joie.....

 

Les jets d’eau de la grande fontaine caresse mon visage pendant que j'avance vers la porte  du marché.

 

L’encombrement à l’entrée du marché est toujours au maximum. Les clients en hâte se poussent dans un ennui évident. Les vendeurs de légumes et de sardines, des deux côtés du passage unique, attirent l'attention des imprudents à leurs marchandises exposées par terre quand les pieds passent juste à proximité ou insultent leurs mères quand ils renversent leurs sacs d'haricots ou dispersent leurs corbeilles de sardines et continuent leur chemin dessus en les giflant  avec des bouquets de persil pour les obliger à changer de direction:

 

Attention!

Attention!

Attention!

 

Une poussée latérale m'a fait sortir de mon étourderie et m'a envoyé sur les sacs de la marchandise bon marché qui a déferlée sur moi de toute sa variété et je me suis trouvé obligé d’essayer le  roulement sur les grains d’haricots, des poix chiches et des lentilles   à la recherche d’un équilibre impossible...

 

Enfin, Me voilà debout mais avec un sentiment nouveau, voire bizarre: Je me sens léger, beaucoup plus léger que jamais.

 

 

On dirait que la chute avant la sortie du marché a volé ma pesanteur.

 

On dirait qu’après la chute, je me suis débarrassé de quelque chose ou que je l'ai perdue.

 

Je cherche dans les poches de mon pantalon. Les poches de face.... Les postérieurs... Je relance la recherche encore et encore... Mes genoux tremblent...

Mon porte-monnaie?…

Mes genoux tremblent...

Ma carte d’identité?

J'examine, dans la foule, les visages qui déferlent autour de moi: Tout le monde me semble pressé et personne ne me semble prêter attention  à ce qui m’arrive. 

 

La horde  humaine nous a jeté en dehors du marché, vers l'autre place au milieu de laquelle  une autre fontaine nous asperge. A me sentir à proximité, la fontaine ne gicle plus de l’eau, il me semble  qu’elle  est vouée à me cracher dessus.

 

Mes genoux tremblent. Le moindre  souffle d'air pourrait me désorienter.

 

Maintenant, je suis sans poids: Plus léger qu’une plume. On dirait que l’effet magnétique de la terre s'est débarrassé de moi, d'un seul coup.

 

Maintenant, il se peut que je sois la risée de mes voleurs,  ils  se moquent de ma stupidité et ma consternation en dégustant leurs tasses de café quelque part sur l’une des terrasses d’en face.

 

Un ami à moi m'a montré au chef du personnel responsable des opérations de vol dans le secteur du marché: Un homme élégant avec un costume gris, tout seul buvant son café sous un parasol sur la terrasse du café "Le Beau Panorama", donnant directement sur la sortie du marché.

 

Le chef m'a demandé après avoir écouté mon histoire:

- Où as-tu été piégé?

 

J'ai répondu:

- Au marché.

 

Cependant, le chef semble s’intéresser beaucoup aux détails qui me paraissaient superflus:

- Où? À l'entrée? À la sortie?

- A La sortie.

 

Le chef s’est penché sur mon ami et lui a chuchoté à l'oreille:

- Ton ami n’a pas de chance. La sortie n'est pas sous notre surveillance.

 

Puis, il s'est tourné vers moi:

- Qu'y avait-il dans ton porte-monnaie?

- Ma carte d'identité.

 

Le chef est resté silencieux pour un moment et a dit d’un ton  faussement  sympathique :

- Tu es victime des voleurs étrangers qui volent n'importe quoi à n'importe qui. Certains d’entre eux limitent leurs activités de vol dans le domaine des documents et se dévouent par la suite à les vendre aux contrebandiers, aux criminels et aux prostituées....

 

Le chef, après avoir dégusté son café, a ajouté:

- Fais attention !

 

Je n'ai pas répondu. A quoi cela sert-il de faire attention, maintenant?!

 

Le chef a poursuivi  ses conseils, les yeux collés sur la porte du marché:

- Ceux qui ont volé ta carte d’identité te poursuivront davantage afin d'obtenir plus de documents: passeport, chéquier, signature.... Ta carte d’identité est peut-être maintenant en vente publique, quelque part. Celui qui l'achètera te causera beaucoup de problèmes parce qu'il sera toi-même par la force de la loi avec toutes tes coordonnées: Nom, profession, adresse, dates... Les documents, mon compatriote, font la personnalité. Plus ils sont complets et logiques, plus la personnalité est vraie et légale.

 

Puis, il s'est tourné vers moi en disant:

- Te rappelles-tu un  visage qui était près de toi à la sortie?


Je récapitule les événements et les visages sur l'écran de ma mémoire:

 

La hâte, la poussée, les insultes, les souffles des gens dans  le col de ma chemise, les regards indifférents tout autour…

 

Le chef attendait ma réponse.

 

J'ai dit:

- non.

 

Le chef a expiré un souffle de déception prétextant par là son incapacité à m’aider.

 Quant a moi, je ne sais pas la raison de cette crainte qui me submerge chaque  fois que je monte l'escalier du commissariat. Même les drapeaux au-dessus de ma tête m'effrayent quand le vent les remue...

 

J'ai posé mes documents sur le bureau de l’agent de police chargé des dossiers de la demande de la carte d'identité:

- Voici les pièces, et voilà l'attestation de perte...

 

Le policier, surpris, lui a demandé:

- Quelle perte? N'es-tu pas le monsieur qui a pris ce matin même son troisième duplicata?!

 

Le policier est resté abasourdi  à me regarder droit dans les yeux à la recherche de la ruse que je prépare discrètement pour lui.

 

Il me fixe du regard.....

 

Enfin, il martèle son bureau et se lève, étonné à jamais:

- Attends-moi, là. Je vais consulter mes supérieurs sur ton cas.

 

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

 

 PRÉFACE

 L’OISEAU DE JOIE

 UNE PAIRE DE CISEAUX

 BRISÉ

LE SPECTACLE , LE BROUILLARD ET LE PROJET

EN  ATTENDANT LE LEVER DU JOUR

L’ÉTERNITÉ

 BOUCHES GRANDES OUVERTES

LA TERRE DES MONSTRES

 IDENTITÉ

 LA FENTE

PROPOS DE CORBEAU

TEMPTATION BLEUE

SÉSAME, OUVRE-TOI!

 COUPABLE  POUR  ÊTRE  DIFFÉRENT

 

 

 

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