Raïhanyat
Le Site De L’Ecrivain Marocain
Mohamed Saïd Raïhani

NOUVELLES
EN ATTENDANT
LE LEVER DU JOUR
(Nouvelles Traduites de
L'Arabe, 2003)
Le tableau:
Un homme, apparemment fatigué, attache son
âne à un pieu dans l'angle lointain de cet écurie publique, et recule pour
s’asseoir sur un rocher pour garder son animal à portée de vue.
Avec la fatigue qui l’envahit du bout de
l’orteil, il invoque le sommeil tout en contemplant son âne qui se tient debout,
devant lui, à l'attente de rien : un âne érigé pour la simple érection.
Il fixe
du regard son âne enchaîné
dans l'angle opposé de l’écurie avec le numéro cinquante-cinq maladroitement
dessiné sur le museau.
Il contemple son visage bizarement long, ses
yeux grandement vides, et il ressent de la sympathie vers cet animal pour toute
la patience qu’il montre, pour toute l’obéissance dont il fait preuve et pour
toute la quietude dont il jouit…
L'attente:
L'âne, sous la pesante charge qu’il tient
sur son dos, attend toujours le réveil de son maître qui le piquera légèrement
sur le postérieur et le tapera
rapidement sur le cou pour lui monter la nouvelle direction: la sortie.
L'âne attend, sans le moindre signe
d'ennui, tout en jouant avec ses oreilles: à lever la première et baisser
l’autre, à lever la deuxième et baisser la première, à abaisser les deux à la
fois, à avancer la première et retirer l’autre à tour de rôle...
L'inattendu:
Deux jeunes hommes sautent du haut du mur
de l’écurie avec deux sachets en plastique semblant ne contenir
que des rectangles en bois et
disparaissent sur-le-champ entre les jambes des ânes.
Un moment plus tard, La
première tête emerge pour s'assurer qu'il n'y a aucun oeil humain ouvert dans
l'endroit. Ensuite, apparaît
la deuxième tête. Un léger coup de rasoir séparant la première oreille de l'âne
de sa crâne suffirait pour inaugurer la
moisson.
En ouvrant sa bouche pour braire sa
douleur, une brosse à chaussures en bois est verticalement placée entre ses
deux mâchoires pour mieux assurer, cette fois, la coupure de la langue sans le
moindre danger de se faire mordre.
Ainsi commença la récolte des langues et
des oreilles: le premier jeune homme progresse dans sa moisson du sud de
l’écurie au nord et le deuxième du nord au sud jusqu'à ce qu'ils se réunissent
au milieu de l’écurie pour fuir avec des sacs bourrés d’oreilles et de langues
en saigne...
Quand le maître se réveille sur son
rocher, son âne était toujours devant
lui mais avec la poitrine en rouge, la langue verticale et en bois et les deux
mâchoires largement écartés afin de permettre au sang de courir
droit en dehors de l’écurie…
Il poursuit la voie du saignement et se
trouve dans la poursuite des langues et des oreilles dans les sacs en plastique
devant lui.
Il crie et crie.
les fugitifs le supplient.
les fugitifs l’implorent de reculer:
-N 'aie pas peur! Recule,
s'il te plaît! C’est pour des marchés étrangers, des sorcières
étrangères !...
L'homme semble répondre en ralentissant de
plus en plus jusqu’à ce qu’il s'arrête enfin de courir en tenant dans ses mains
sa mâchoire inférieure se balançant au-dessus de sa poitrine avec la salive
tombant lentement sur ses avant-bras nus.
Les gens se rassemblent autour de lui. la foule grandit.
Causeries marginales:
- Mais qu’est-ce
qu’il a, ce bonhomme?
- il semble
souffrir d’une crise.
- Oh!
- il s’est
apparemment énervé et quand il a ouvert la bouche pour crier, il est resté
ainsi....
- mettons les
clefs dans ses mains. ça aide à chasser les esprits!
- mais, lui, il
souffre de sa bouche!...
- Oh! regardez à
l'intérieur de sa bouche!...
- Sa langue est en mouvement, mais sa voix
est à peine audible.....
-Son âne, lui aussi, est
sans voix, à l'écurie publique!
-Oh, gloire à Dieu! Donc, on
n’y peut rien...
-Mais, attendez! Ne laissez
pas l'homme dans cet état. Il faut l'emmener à l'hôpital.
À l'hôpital:
L’infirmier
: asseyez-vous, Messieurs!
Les
gens : C’est un homme étranger qu’on a trouvé tombé dans la
rue et qu’on a amené ici avant que sa mâchoire inférieure ne lui tombe sur la
poitrine.
L’infirmier: Non,
la mâchoire ne tombe jamais. Son problème est simple.
Les
gens : où est le docteur?
L’infirmier: il
s’occupe d’une opération chirurgicale. Il prendra soin de lui quand il sera de
retour....
Les
gens: le patient doit-il attendre avec sa bouche aussi
grande ouverte?
L’infirmier: Tous
ces patients que vous voyez ici dans la salle d'attente souffrent de la même
crise et attendant calmement avec leurs bouches grande ouvertes. Chez l’homme,
la mâchoire inférieure peut facilement dévier et pendre au-dessus de la
poitrine. Le baîllement avec étirage de mâchoires ou meme les cris et les rires
exagérés peuvent en étre à l’origine.
Les
gens : Qu’il attende,
alors!
L’infirmier: Et
vous? Avez-vous quelque chose à faire, vous tous?
Les
gens : Non.
L’infirmier: Donc,
vous pouvez vous asseoir, tous ensemble, et attendre......
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