Raïhanyat
Le Site De L’Ecrivain Marocain
Mohamed Saïd Raïhani

NOUVELLES
EN ATTENDANT
LE LEVER DU JOUR
(Nouvelles Traduites de
L'Arabe, 2003)
L'OISEAU
DE JOIE
La date d'aujourd'hui sur le calendrier
accroché au mur est encadrée en rouge.
Est-ce un jour de fête?
J'ai découvert récemment que la perception que j’ai des dates des fêtes est de plus en plus
terne. Je les oublie beaucoup et je ne m’en rappelle que par hasard en me
promenant sur le boulevard où les lumières saisonnières clignotent
misérablement sur les visages de la clientèle des cafés ombragés par des
drapeaux bien usés et des banderoles dont la plupart des lettres gribouillées
se sont essuyés.
Ce sont les mêmes manifestations des mêmes fêtes qui se répètent à
l’infini. Cependant, dans mon enfance,
je me rappelle que je n’ignorais pas les dates des fêtes autant que je ne le
fais à présent. Je ne laissais aucune chance aux banderoles de me surprendre.
Je ne dormais même pas la veille de la fête: Je restais éveillé devant l'horloge,
à attendre l’avènement rayonnant de la fête pour mettre mes nouveaux vêtements
et puis louer une bicyclette pour joindre mes camarades dans leurs courses à
vélo vers l’infini. je ne me rappelle pas comment le sommeil et le rêve
m’emportaient loin de l’horloge et m’habillaient de mon plus beau pull-over
tout en y inscrivant les plus douces des expressions et que mes camarades, trouvaient du plaisir à répéter en
bégayant :
"Comme un oiseau"
Leur joie m'envahit.
Je cours. Je vole.
“Comme un oiseau”.
J’étends mes petits bras pour voler, en imitant , dans mes songes, l’oiseau dans le ciel volant de ses propres
ailes, je fais la course avec lui, il vole, je le suis ; sauf que mes
camarades à chaque fois sabotaient mes tentatives de décollage ; ils se ruaient
pour me dévorer les aisselles et s’amusaient simultanément de mon fou rire et de mes coups de pieds qu’ils prenaient à tort et à travers et que
je leur donnais
pour me débarrasser d'eux avant
que l'oiseau de fête n’apparaisse dans l'horizon lointain attirant tous les
enfants qui chantent leur joie de le revoir et danse leur identification à son
état:
Danse, danse, Amoureux
Je te donnerai ce que tu veux
L'oiseau descendait jusqu’au niveau des maisons inclinées l’une sur
l’autre. Plus nous chantions, plus il dansait. Au moindre arrêt, l’oiseau
volait dans le ciel lointain mais il retournait
encore et encore chaque fois que le chant et la danse
recommençaient en secouant ses ailes
pour répondre à nos chansons et nos acclamations :
Danse, danse, Amoureux
Je te donnerai ce que tu veux
L'oiseau venait nous voir le
matin de chaque fête. Il volait dans le ciel en attendant que nous sortions
l’accueillir pour célébrer ensemble la fête en dansant et en chantant...
mais, au fil du temps, l'oiseau a disparu:
Probablement, parce que les personnes ici ont vieilli,
Probablement, parce que les oiseaux de joie n'existent plus,
Probablement, encore, parce que l'histoire dans son origine n’était
qu’une simple illusion perpétuée par des enfants innocents…
Maintenant, je tourne les pages du calendrier, toutes humectées par le suintement des lieux, à la recherche de futurs jours fériés et de
futures dates en rouge.
Je tourne les pages, l’une après l'autre.
Encore et encore...
Rien.
Aujourd'hui, alors, c’était la dernière fête.
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