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Trésors engloutis Epave attend découvreur Au large de nos côtes, des centaines d'épaves restent à explorer. Mais faute d'argent ou d'autorisation officielle, la prospection sous-marine piétine. Tandis que le piratage se généralise... |
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La tempête fut certainement effroyable. Une de ces furies de l'océan qui reste dans la mémoire des hommes durant des décennies. Pourtant, du naufrage de la flotte portugaise sur les côtes d'Aquitaine (golfe de Gascogne) à la mi-décembre 1627, il ne resta en France, pendant longtemps, que quelques récits d'époque. Un épisode qu'il valait certes mieux oublier : le comportement des cotegeaires gascons (des " cousins " des naufrageurs bretons), qui d'ordinaire ramassaient les débris d'épaves au long des dunes landaises, ne faisait guère honneur à la confrérie des gens de mer. Il semble en effet établi que bon nombre des deux mille morts recensés à la suite du naufrage des neuf navires de retour des Indes aient été achevés par les pillards, qui s'emparèrent ainsi des richesses n'ayant pas coulé par le fond : perles, diamants, plaques d'or et d'argent. Le gouverneur de la province de Guyenne, futur duc d'Epernon, y gagna même une immense fortune que Richelieu s'empressa de confisquer en partie. Mais pour les royaumes d'Espagne et du Portugal, réunis à cette époque sous le régime de la " double couronne " par le roi espagnol Philippe II, le coup est tellement rude que, deux semaines après la disparition des caraques et galions, le gouvernement de Madrid se déclare en banqueroute. Plus puissante monarchie du monde depuis un siècle, le royaume " double " est acculé à la faillite par la perte d'un chargement estimé à 8 millions de cruzados (soit l'équivalent des recettes annuelles du royaume du Portugal), mais aussi des navires eux-mêmes et de plus de deux cents canons en bronze. Pourquoi évoquer, près de cinq siècles plus tard, cet épisode douloureux des chroniques maritimes hispaniques, nommé l'Epanafora tragica ? L'une des deux énormes caraques naufragées de 1800 tonneaux, le Sâo Bartolomeu, vient de faire l'objet d'une demande de recherche et de sondage du fameux prospecteur Franck Goddio. L'épave recèlerait une riche cargaison. Mais la commission consultative scientifique des fouilles sous-marines, qui se réunit tous les ans, agissant dans le cadre de la loi du 1er décembre 1989 relative aux biens culturels maritimes, vient de transmettre un avis défavorable à cette autorisation. Curieux paradoxe : le musée Guimet (Paris) a rouvert récemment ses portes avec un splendide assortiment de porcelaines asiatiques issues des fouilles de Goddio en mer de Chine, fouilles dont la majorité des pièces doit prochainement ..........Sommaire |
rejoindre les collections du musée de la Marine (Paris) pour enrichir le futur musée de Port-Louis (Lorient) consacré à l'archéologie sous-marine. Les moyens techniques et financiers que Franck Goddio est capable de déployer pour prospecter au large du rivage français sont sans commune mesure avec le budget annuel de fonctionnement du Drassm (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines) du ministère de la Culture, qui avoisine cinq millions de francs. A peine de quoi couvrir une campagne de prospection de grande ampleur, nécessaire pour repérer et identifier les épaves témoins du désastre de 1627. D'autant plus qu'il existe également dans ce secteur, comme sur bien d'autres côtes de France, des épaves " inconnues ", ou plutôt gardées secrètes. Il serait question de trois naos du XVIe siècle, également pris dans une violente tempête et transportant un véritable trésor archéologique : des pièces d'orfèvrerie précolombienne Ou encore d'épaves plus récentes : dans le même secteur, un U-Boot datant de la Seconde Guerre mondiale, non répertorié, attend ses découvreurs officiels. Il gît par le fond, les écoutilles encore fermées, coiffé d'un plumet de filets de pêcheurs. Mais la localisation et même l'existence de ces épaves demeurent occultes. Avant d'être recherchées sur le terrain, elles font l'objet d'une compilation en archives exigeant des années de recherches intensives, et cela a un prix. L'archiviste Patrick Lizé, aujourd'hui exilé au Portugal, l'un des meilleurs professionnels dans ce domaine, peut fournir un dossier presque complet moyennant, au minimum, 50 000 à 100 000 F : les heureux " bénéficiaires " n'ont guère intérêt à claironner ces informations. De plus, les conditions imposées aux candidats prospecteurs semblent un frein aux découvertes officielles. Dans les années 80, il y avait chaque année 140 déclarations de gisements archéologiques aux Affaires maritimes ; aujourd'hui, ce chiffre est tombé à 30 en moyenne, alors que le nombre de plongeurs a été multiplié par 3 ou 4, et que le matériel, notamment de navigation et de sondage, est devenu nettement plus performant. Le piratage généralisé des fonds marins que connaissaient la Grèce et l'Italie s'est apparemment adapté à l'environnement français. La pratique n'est pas nouvelle : il y a cinquante ans, le trésor de Lava (Corse), avec ses deux mille pièces d'or datant d'Aurélien et une vaisselle d'or massif ornée de médaillons à l'effigie de |
Gallien, fit les beaux
jours des initiés. Périodiquement, des statues d'une valeur inestima- Il reste bien des recherches passionnantes à mener. Telle la prospection de la Jeanne-Elisabeth, une " roberge " du XVIe siècle qui transportait d'Espagne vers la Suisse (déjà) des milliers de pièces d'or et d'argent, cachées dans des sacs de grain, en cabotant le long des côtes du Languedoc avant qu'elle n'embouque le delta du Rhône. Echouée aux environs de la ville épiscopale de Maguelone par une nuit de tempête, elle conserve dans ses flancs un instantané du trafic monétaire naissant de l'Europe de la Renaissance. Mais l'épave risque d'attendre longtemps encore. Car si les services officiels n'ont pas les moyens d'entreprendre de telles recherches, ils refusent qu'elles soient engagées par des financements privés. Seule échappatoire
pour des plongeurs spécialisés : se réfugier dans la prospection d'épaves
récentes, souvent très profondes. Jean-Maurice Authié, ancien major plongeur-démineur,
dirige un groupe de professionnels aux abords du raz de Sein. Plonger
dans ces coins relève déjà de l'exploit. Y explorer des épaves profondes
demande en outre une compé- Frank Jubelin
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